Lorsque les flammes disparaissent et que les fumées se dissipent, l’incendie de forêt semble terminé. Pour l’écosystème, pourtant, une autre phase commence. Sous les troncs calcinés et les cendres, les sols ont subi des transformations physiques, biologiques et chimiques parfois profondes. Certaines peuvent favoriser temporairement le retour de la végétation, mais d’autres constituent une pollution diffuse susceptible de circuler pendant des mois, voire davantage, dans l’environnement.
La question mérite une attention particulière après les incendies exceptionnels qui ont touché la France cet été. INRAE rappelle notamment que les feux peuvent provoquer une perte de carbone organique, perturber les microorganismes et la petite faune du sol et réduire la capacité de celui-ci à retenir l’eau. La disparition de la végétation protectrice rend en outre les terrains beaucoup plus sensibles à l’érosion.
Mais le feu ne fait pas que détruire de la matière : il la transforme. Lors de la combustion, une partie des éléments présents dans les végétaux et dans les couches superficielles du sol se retrouve concentrée dans les cendres. Celles-ci peuvent ainsi contenir du manganèse, du zinc, du plomb, du cuivre, du nickel ou encore de l’arsenic, bien que la présence d’un métal ne signifie pas qu’un sol devient dangereusement contaminé après chaque incendie.
Le problème tient surtout à la mobilisation de substances qui étaient auparavant relativement immobilisées. La chaleur modifie le pH, détruit une partie de la matière organique et peut changer la forme chimique sous laquelle certains éléments sont présents. Leur disponibilité pour les organismes ou leur capacité à être entraînés par l’eau peuvent alors augmenter selon la végétation, la géologie et l’intensité du feu.
Cette pollution est d’autant plus difficile à appréhender qu’elle ne reste pas nécessairement là où l’incendie s’est produit. Les premières fortes pluies constituent une étape critique. En effet, sur un sol privé de végétation, l’eau entraîne cendres et particules fines vers les fossés, ruisseaux, rivières et zones humides. Des éléments métalliques mais aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), produits par les combustions incomplètes, peuvent migrer vers d’autres compartiments de l’écosystème.
Les conséquences dépassent donc largement les arbres brûlés. Le feu affecte bactéries, champignons et invertébrés qui participent à la décomposition de la matière organique et au recyclage des nutriments. Plus en aval, même, les contaminants entraînés par les pluies peuvent atteindre les écosystèmes aquatiques. Les études disponibles associent les eaux touchées par les ruissellements post-incendie à différents effets chez les organismes aquatiques, notamment stress oxydatif, dommages cellulaires et accumulation de certains métaux. Même les produits employés pour combattre les flammes ne sont pas totalement neutres : les retardants à base de polyphosphate d’ammonium peuvent, lorsqu’ils atteignent un milieu aquatique, favoriser son eutrophisation.
Il serait toutefois excessif de considérer toute forêt brûlée comme un site durablement pollué. L’intensité du phénomène dépend du type de sol, de la géologie locale, de la végétation, de la sévérité de l’incendie et surtout des pluies qui suivent.
Il n’en reste pas moins qu’après un grand incendie, l’enjeu écologique ne consiste pas seulement à attendre que les arbres repoussent mais il convient de surveiller ce qui se passe sous leurs racines et en aval des zones brûlées. Sols, cendres, cours d’eau et organismes constituent les différentes étapes d’une même circulation. Si l’incendie est un événement brutal, certaines de ses conséquences chimiques, elles, sont beaucoup plus discrètes et peuvent accompagner pendant longtemps la lente reconstruction de la forêt.
