La rentrée scolaire est traditionnellement le moment où l’on s’interroge sur ce que l’école doit transmettre. Savoir lire, écrire et compter, bien sûr. Connaître l’histoire, la littérature, les langues ou les arts. Apprendre à argumenter, à vivre avec les autres et à devenir citoyen.
Mais dans un monde profondément façonné par les sciences et les techniques, une autre ambition devrait s’imposer avec la même évidence : permettre à chacune et chacun d’acquérir une véritable culture scientifique, technique et industrielle.
Il ne s’agit pas de faire de tous les élèves de futurs scientifiques ou ingénieurs. La culture scientifique est d’abord une manière de comprendre le monde. Pourquoi le climat se réchauffe-t-il ? Comment fonctionne un vaccin ? D’où vient l’électricité qui alimente nos logements ? Comment une intelligence artificielle produit-elle une réponse ? Qu’est-ce qu’un semi-conducteur ? Comment fabrique-t-on un médicament, un avion, une batterie ou simplement l’eau potable qui arrive à notre robinet ?
Ces questions ne sont plus réservées aux laboratoires et aux bureaux d’études. Elles traversent les grands débats contemporains : nos choix collectifs reposent de plus en plus sur des réalités scientifiques et techniques complexes.
Posséder une culture scientifique ne signifie pourtant pas connaître toutes les réponses. C’est peut-être même l’inverse : c’est apprendre à reconnaître ce que l’on ne sait pas. Comprendre la différence entre une hypothèse et un résultat établi, entre corrélation et causalité, entre une anecdote et une donnée statistique. Savoir qu’une connaissance scientifique comporte souvent des incertitudes sans que cela la rende arbitraire. Être capable, enfin, d’examiner les preuves et de réviser son jugement lorsque les faits l’exigent.
À l’heure où une information spectaculaire peut parcourir les réseaux sociaux en quelques heures et où des outils d’intelligence artificielle savent produire des textes, des images et des raisonnements apparemment convaincants, ces compétences deviennent une composante essentielle de l’esprit critique. Mais notre culture commune gagnerait aussi à mieux intégrer la technique et l’industrie.
Nous utilisons quotidiennement des objets extraordinairement complexes tout en ignorant souvent comment ils sont conçus et fabriqués donnant l’illusion d’un monde presque immatériel. Comprendre la matérialité de ces objets aide à mieux saisir les enjeux économiques, environnementaux et géopolitiques de notre époque. Une société qui souhaite décider de son avenir énergétique, numérique ou industriel doit disposer de citoyens capables d’en comprendre au moins les principes et les contraintes.
Cette ambition concerne donc tous les élèves, quels que soient leur milieu, leur genre ou leur future orientation. Elle concerne également les adultes, les journalistes, les responsables économiques et les décideurs politiques.
En cette rentrée, défendre les sciences, les techniques et l’industrie à l’école ne consiste donc pas seulement à préparer les ingénieurs, chercheurs et techniciens dont nous aurons besoin demain. Il s’agit de donner à chacun les moyens de comprendre davantage le monde dans lequel il vit, d’en débattre avec discernement et de participer aux choix qui le transformeront. C’est, au fond, l’une des missions les plus essentielles de l’éducation.
