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Au moment où près de 40 % de la population française a déjà reçu au moins une dose de vaccin anti-covid, 4 doses sur 5 sont issues des vaccins dits à ARN messager (ARNm). Cette innovation biomédicale est probablement en passe de devenir la révolution médicale du XXIème siècle. Explications. 

L’ARNm est une famille de molécules, découverte en 1961 par une équipe de chercheurs français de l’Institut Pasteur. Naturellement présentes dans les cellules des êtres vivants, elles retranscrivent certaines parties de l’ADN et permettent la synthèse de protéines nécessaires au bon fonctionnement des organes. Par analogie, si l’ADN est le “manuel génétique complet” d’un être vivant, les différentes molécules d’ARNm sont des photocopies de certains “chapitres” de ce “manuel” utiles aux différents organes, contenant la “recette de fabrication” d’une protéine. 

ARNm, mode d’emploi

Les virus, comme le SARS-CoV-2 responsable du covid-19, disposent de deux éléments principaux : un noyau, au centre du virus, responsable de la maladie virale, et des protéines, présentes à sa surface, lui permettant de se “fixer” aux cellules pour ensuite les infecter. La principale défense dont disposent les êtres vivants contre les virus sont les anticorps : ces molécules se fixent sur les protéines de surface du virus, avant que celui-ci ne puisse infecter les cellules de l’hôte. Cette immunité n’est acquise qu’à la seule condition de disposer des anticorps ciblant les bonnes protéines de surface. L’idée des vaccins de façon générale est donc de faire produire des anticorps codant pour un virus, sans déclencher la maladie virale. Plusieurs techniques existent, mais la pandémie actuelle a mis en avant une nouvelle méthode innovante : les vaccins à ARNm. Ils consistent à injecter de l’ARNm codant pour une ou plusieurs protéine(s) de surface d’un virus, afin que nos cellules produisent directement ces protéines de surface, inoffensives. Le système immunitaire va alors reconnaître ces protéines, considérées comme néfastes et développer des anticorps ciblés contre cette (ces) protéine(s) et lui apprendre à combattre une infection future. Dans le cadre du SARS-CoV-2, la protéine de surface synthétisée par l’ARNm est la protéine “spicule” (ou “spike” en anglais). Ce mécanisme de production d’anticorps est plus rapide, plus efficace et plus pérenne qu’une réponse immunitaire naturelle, au cours de laquelle le virus à le temps de se multiplier et d’engendrer des pathologies diverses, parfois graves voire fatales, avant que les anticorps ne soient produits et agissent pour bloquer la propagation virale. 

Certains vaccins, tel que le ROR par exemple, utilisent des virus dits “atténués” qui, eux-mêmes, produisent de l’ARNm après injection pour engendrer les mêmes mécanismes qu’indiqués précédemment. L’innovation des vaccins à ARNm réside sur l’utilisation directe de la molécule d’ARNm, préalablement synthétisée en laboratoire afin d’obtenir un principe actif “purifié”. L’intérêt de cette synthèse augmentant le contrôle qualité du principe actif est double : augmenter l’efficacité et réduire les effets indésirables. 

L’espoir d’une révolution médicale     

Cette innovation ouvre des perspectives prometteuses pour d’autres applications médicales. La première étant évidemment la prévention des maladies virales. Responsable du SIDA, le VIH est par exemple, malgré tous les efforts de la communauté scientifique depuis sa découverte en 1983, sans vaccin efficace. Contrairement au SARS-CoV-2, le VIH dispose d’une capacité de mutation très importante. Cette particularité rend difficile la découverte d’une protéine de surface à cibler “universelle”. Cependant, un premier vaccin à ARNm a montré une efficacité de 97% lors d’un essai de phase I aux Etats-Unis. Des vaccins à ARNm préventifs sont aussi à l’étude pour d’autres maladies virales : zika, dengue, malaria, etc.

Au-delà du développement de vaccins préventifs, l’ARNm est envisagé dans le traitement d’autres maladies. Les cancers tout d’abord : les cellules cancéreuses génèrent des protéines particulières, non combattues par le système immunitaire. Un vaccin à ARNm codant pour ces protéines permettrait de produire des anticorps spécifiques ciblant les cellules cancéreuses. Les maladies auto-immunes ensuite, comme la sclérose en plaque : une publication de janvier 2021 dans la prestigieuse revue scientifique “Science” faisait état d’un essai clinique sur l’animal permettant de bloquer la réponse auto-immune après l’injection d’un vaccin à ARNm.

Le principal défaut de cette technologie est, pour l’instant, le coût prohibitif de la phase de recherche et développement de l’ARNm, mais cette technologie a probablement de beaux jours devant elle !

En savoir plus:
> https://www.inserm.fr/information-en-sante/c-est-quoi/secret-fabrication-c-est-quoi-arn-messager

Le risque dans les sciences

Le développement des vaccins anti-covid a mis au jour pour le grand public un principe fondamental dans les sciences, et notamment dans les sciences médicales : la balance bénéfices-risques.

Il y a quelques semaines naissait la première controverse relative à un vaccin anti-covid : la survenue de troubles de la coagulation sanguine potentiellement graves, corrélés au vaccin développé par le laboratoire AstraZeneca. Cet effet secondaire a touché environ une personne sur un million, essentiellement des jeunes de moins de trente ans, et l’issue a été fatale pour la moitié d’entre eux. En Europe, tant l’Agence Européenne du Médicament (EMA) que les autorités de santé ont décidé de maintenir l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) de ce vaccin. Ce choix est justifié par la balance bénéfices-risques, un principe permettant de comparer les bénéfices d’un traitement avec ses risques associés. 

La balance bénéfices-risques appliquée au monde médical

Avant d’être mis sur le marché, tout produit médical doit faire la preuve de son efficacité face à une maladie et de son innocuité pour le patient. Or, la première n’est pas nécessairement de 100% et la seconde de 0% : ces valeurs statistiques sont établies par des études cliniques sur un échantillon représentatif de patients, puis actualisées périodiquement après mise sur le marché. Ces études permettent en outre de déterminer les effets secondaires et de les classer en fonction de leur fréquence d’apparition et de leur gravité. La balance bénéfices-risques consiste alors à comparer l’efficacité d’un traitement avec les effets secondaires, pondérés par leur fréquence et leur gravité. Ainsi, afin d’obtenir une AMM, un médicament ou un vaccin doit disposer d’une balance bénéfices-risques largement en faveur de ses bénéfices. De plus, rappelons le, au-delà des bénéfices individuels, les bénéfices collectifs doivent être pris en compte en ce qui concerne la vaccination. Ce dernier point peut justifier l’accès à la vaccination pour des populations sans risque de développer des formes graves.

Dans le cadre du vaccin AstraZeneca, les effets secondaires fréquents sont sans gravité et les effets secondaires potentiellement graves (troubles de la coagulation) sont de très faible fréquence et le lien de causalité entre le vaccin et ces troubles est difficile à établir malgré la corrélation  — rappelons que lors des études cliniques, le taux d’effets secondaires graves était plus important chez les personnes ayant reçu un placebo. Or, en Europe, depuis mars 2020, environ une personne sur mille est décédée des suites du covid-19. Le risque de développer un effet secondaire grave entraînant le décès suite au vaccin AstraZeneca est donc environ mille fois plus faible que de mourir du virus. De plus, tous les ans, en moyenne cinquante personnes sur un million meurent sur les routes en France, soit cent fois plus de risque qu’avec le vaccin AstraZeneca ! Pourtant, malgré ce risque, 54% de la population utilise quotidiennement son véhicule personnel tous les jours.

Au-delà de la recherche médicale

La balance bénéfices-risques peut aussi être appliquée dans d’autres domaines scientifiques et techniques. Par exemple, afin de répondre aux enjeux écologiques et lutter contre le réchauffement climatique, ce principe peut être appliqué aux choix technologiques : sources d’énergie, type d’agriculture, etc. 

La balance bénéfices-risques est souvent opposée au principe de précaution qui consiste à anticiper des risques théoriques, sans preuve tangible de leur existence. Or, sans une prise de risque initiale, la quantification de ces risques théoriques est par définition impossible. Le principe de précaution apparaît alors comme une position dogmatique quand celui-ci est appliqué à la recherche scientifique et aux développements technologiques, empêchant toute innovation et tout progrès technologique. Les solutions parfaites sont illusoires : accepter des faibles risques lorsqu’ils sont opposés à des bénéfices importants est, dans un raisonnement global, un atout pour le bien commun.

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