L’objectif des accords de Paris (COP21, 12 décembre 2015) était simple dans sa formulation, mais extrêmement ambitieux : mobiliser l’ensemble des États pour limiter le réchauffement climatique bien en‑dessous de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et autant que possible à 1,5 °C, tout en adaptant les sociétés aux impacts croissants du changement climatique.
Sur la décennie, plusieurs avancées structurantes peuvent être soulignées. L’accord a d’abord fonctionné comme un cadre multilatéral de référence qui a résisté à des contextes géopolitiques et économiques difficiles, y compris la pandémie de Covid‑19, sans qu’un grand État ne se désengage de façon durable (même si les États‑Unis ont connu deux périodes de retrait politique récent, sous la présidence de Donald Tromp).
L’une des transformations les plus significatives a été l’adoption généralisée de contributions déterminées au niveau national (CDN), ces engagements volontaires de réduction des émissions et d’adaptation que chaque pays doit réviser tous les cinq ans. Cette logique ascendante, plus souple que les systèmes prétendument contraignants d’avant, a favorisé l’implication d’un grand nombre d’États et l’intégration de ces enjeux au cœur des plans nationaux.
Au niveau des politiques publiques et des économies, l’impact du Paris Agreement est réel : de nombreux gouvernements ont adopté des lois et des stratégies pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, renforcé les standards d’efficacité énergétique, promu les énergies renouvelables et mis en place des mécanismes de tarification du carbone. Les marchés financiers et les investisseurs intègrent désormais de plus en plus les risques climatiques dans leurs décisions, orientant des flux de capitaux vers des technologies propres plutôt que vers les combustibles fossiles.
Un résultat tangible relevé par un rapport récent est que dans une très grande majorité des économies (92 % du PIB mondial), la croissance économique n’est plus directement corrélée à une hausse des émissions de CO₂ : plusieurs pays ont réussi à découpler croissance et émissions, signe qu’une transition vers des modèles moins carbonés est techniquement et économiquement possible.
Malgré ces progrès, des retards et des défaillances persistent, qui révèlent les limites actuelles de l’Accord de Paris. Le constat le plus alarmant est celui du niveau des émissions mondiales et de la tendance des températures globales. Même si l’expansion des énergies renouvelables a aidé à ralentir la croissance des émissions, celles‑ci continuent d’augmenter à l’échelle planétaire et le réchauffement moyen global approche ou dépasse le seuil de +1,5 °C lorsqu’on considère les moyennes récentes de plusieurs années – une ligne d’alerte scientifique essentielle du point de vue des impacts climatiques.
Une autre limite tient à la mise en œuvre des engagements nationaux. À la date de la COP30 à Belém en 2025, plus de 60 % seulement des pays avaient soumis leurs nouvelles contributions pour 2025‑2030, ce qui illustre un retard dans l’actualisation et l’ambition des plans climatiques. Tous ces engagements restent insuffisants pour atteindre les réductions d’émissions nécessaires (on estime qu’il faudrait réduire les émissions globales d’environ 43 % d’ici 2030 pour être compatibles avec une trajectoire 1,5 °C, ce qui ne se reflète pas encore dans les CDN).
Sur le plan de l’adaptation et de la résilience, des progrès sont visibles, notamment dans la planification urbaine, la gestion des risques climatiques et la protection des communautés vulnérables. Cependant, les financements dédiés à l’adaptation et au soutien des pays les plus exposés restent bien en dessous des besoins estimés par les scientifiques et les organisations internationales.
Enfin, la dimension politique et géopolitique n’est pas à négliger : des retraits temporaires ou des positions moins ambitieuses de certains grands émetteurs ont fragilisé le principe d’universalité et réduit la pression collective. La coordination internationale reste donc un défi majeur. En somme, dix ans après, l’Accord de Paris n’est pas un échec : il a structuré l’action climatique mondiale, renforcé les cadres politiques et mobilisé des acteurs publics et privés autour d’objectifs communs. Mais il n’a pas encore produit l’accélération des réductions d’émissions nécessaires pour éviter des réchauffements dangereux, et les efforts doivent être intensifiés dans tous les secteurs – énergie, industrie, transports, agriculture – ainsi que sur les plans de l’adaptation et du financement climatique, pour rapprocher les promesses des trajectoires climatiques compatibles avec les objectifs initiaux.
