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Selon une étude parue dans Science Advances, des Homo sapiens et des Néandertaliens auraient vécu en alternance dans la même caverne du sud de la France, séparés les uns des autres par de très courtes périodes. La découverte d’une dent de lait sur le site attesterait en outre de l’arrivée d’Homo Sapiens en Europe plus tôt qu’on ne le pensait. En effet, cette dent est datée de 54 000 ans. Or, les restes d’hommes modernes les plus anciens en Europe étaient datés de 45 000 ans.

Cette découverte a été réalisée par une équipe française dans la grotte Mandrin, dans la vallée du Rhône dans la Drôme. Il y aurait eu sur ce site plusieurs populations d’espèces différentes : la grotte aurait d’abord été occupée par les hommes de Néandertal, puis autours de 54 000, il y aurait eu cette incursion des hommes modernes, puis à nouveau une occupation néandertalienne, et enfin, vers 44 000, une nouvelle occupation d’Homo Sapiens. On sait qu’il y a eu des interactions entre notre espèce et les néandertaliens, et cette étude vient renforcer cette idée.

L’étude, qui demeure à prendre avec prudence, a été publiée le 9 février 2022 dans Science Advances. Elle affirme que des outils de pierre distinctifs et une dent d’enfant solitaire ont été laissés par l’Homo sapiens lors d’un court séjour, il y a environ 54 000 ans – et non par les Néandertaliens, qui ont vécu dans l’abri sous roche pendant des milliers d’années auparavant et après. L’occupation d’Homo sapiens, qui, selon les chercheurs, n’a duré que quelques décennies, est antérieure à la première preuve connue de l’espèce en Europe d’environ 10 000 ans.

Mais certains chercheurs ne sont pas si sûrs que les outils en pierre ou la dent aient été laissés par Homo sapiens. L’équipe co-dirigée par Ludovic Slimak, anthropologue culturel au CNRS et à l’Université Toulouse-Jean Jaurès, a passé les trois dernières décennies à fouiller l’abri sous roche de la Grotte Mandrin dans la vallée du Rhône. Les chercheurs ont découvert des dizaines de milliers d’outils en pierre et d’ossements d’animaux, ainsi que neuf dents d’hominidés, tous datant d’environ 70 000 à 40 000 ans. La plupart des outils en pierre ressemblent à ceux que l’on trouve sur les sites néandertaliens à travers l’Eurasie, explique Slimak. Mais l’un des niveaux archéologiques de l’abri – connu sous le nom de couche E et daté d’il y a entre 56 800 et 51 700 ans – contient des outils tels que des pointes aiguisées et de petites lames qui sont plus typiques de la technologie Homo sapiens.

Selon Clément Zanolli, paléoanthropologue à l’Université de Bordeaux, la dent d’hominidé découverte dans la couche E est de forme similaire à celles d’Homo sapiens qui vivaient en Eurasie lors de la dernière glaciation. Toutefois, les chercheurs n’ont pas tenté d’extraire l’ADN de la dent de la couche E pour confirmer si elle appartient à un Homo sapiens ou à un Néandertalien. Le processus d’extraction de l’ADN est en effet destructif de l’échantillon et cette dent d’hominidé a été jugée trop précieuse pour prendre le risque de l’y soumettre. Les chercheurs ont au contraire choisi de la conserver jusqu’à ce qu’une nouvelle technologie leur donne une bonne chance d’obtenir la signature génétique intact de l’ADN que cette dent aurait pu préserver.

Slimak estime que la résidence des Homo sapiens a duré environ 40 ans, sur la base d’une analyse de fragments du plafond de l’abri qui s’étaient détachés et avaient été déposés à côté d’autres matériaux archéologiques. De nouvelles couches de calcite minérale blanche se sont accumulées au plafond deux fois par an, pendant les périodes humides, et la suie des incendies dans l’abri a laissé des marques noires, créant une sorte de « code-barres » qui peut identifier les occupations des hominidés avec une résolution de moins d’un an. Les chercheurs ont conclu que le dernier feu d’Homo sapiens s’était éteint quelques mois avant le retour de néandertaliens. Les chercheurs n’ont toutefois trouvé aucun signe évident d’échanges culturels, tels que des similitudes dans les outils en pierre, entre les deux groupes.

Pour aller plus loin:
> https://www.nature.com/articles/d41586-022-00389-9

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