Elles flottent à la surface de l’océan, s’accrochent aux rochers ou forment d’immenses forêts sous-marines. On les remarque surtout lorsqu’elles s’échouent sur une plage ou qu’elles entourent un maki. Pourtant, les algues sont beaucoup plus présentes dans nos vies qu’il n’y paraît. Alimentation, médicaments, cosmétiques, agriculture, industrie et peut-être demain matériaux ou carburants : ces organismes discrets ont plus d’un talent.
Le mot « algue » désigne d’ailleurs une extraordinaire diversité d’organismes. Certaines sont microscopiques, d’autres, comme les grandes laminaires, atteignent plusieurs mètres. Les algues vertes, rouges et brunes correspondent même à différentes lignées qui ont acquis la capacité de réaliser la photosynthèse : comme les plantes, elles utilisent l’énergie lumineuse pour fabriquer de la matière organique à partir notamment de dioxyde de carbone.
Cette activité leur donne un rôle écologique considérable puisque le phytoplancton — dont une grande partie est constituée de microalgues — fournit une part importante de l’oxygène produit chaque année sur Terre. Les forêts de varech, densément peuplée de laminaires, constituent quant à elles de véritables écosystèmes sous-marins, offrant nourriture, abri et zones de reproduction à une multitude d’espèces.
C’est probablement dans notre assiette que leur statut d’« héroïnes du quotidien » devient le plus concret. Nori, wakamé, kombu, laitue de mer ou dulse sont consommés depuis longtemps, notamment en Asie, et connaissent un intérêt croissant ailleurs dans le monde.
Leur composition nutritionnelle apporte des fibres, des protéines, des vitamines et différents minéraux. Certaines sont particulièrement riches en iode – indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes – ou présentent des teneurs intéressantes en protéines ou acides gras oméga-3. Mais leur intérêt alimentaire est aussi à relativiser au regard de l’espèce, de sa provenance, de ses qualités nutritionnelles voire de certains contaminants qu’elle peut fixer.
Sans manger d’algues, nous en consommons probablement déjà indirectement. L’agar-agar, par exemple, est un produit gélifiant extrait d’algues rouges. D’autres produits trouvent même des applications pharmaceutiques, médicales ou cosmétiques grâce à leurs propriétés étonnantes qui permettent de former des gels et de retenir l’eau.
Les algues sont étudiées pour produire des emballages biosourcés, des fertilisants, des ingrédients pour l’alimentation animale ou humaine, des molécules d’intérêt pharmaceutique et, depuis longtemps déjà, des biocarburants. Leur culture présente l’avantage de ne nécessiter ni terres agricoles ni eau douce. Les grandes algues marines peuvent également absorber des nutriments présents dans l’eau et leur culture est envisagée dans certaines stratégies d’aquaculture intégrée.
Cultiver, récolter, transformer et transporter des algues demande toutefois de l’énergie et des infrastructures. Leur capacité à retirer durablement du carbone de l’atmosphère dépend aussi fortement de ce que devient la biomasse récoltée. Et toutes les cultures d’algues n’ont pas les mêmes impacts écologiques.
C’est peut-être justement ce qui rend ces « héroïnes » intéressantes. Elles ne possèdent pas un pouvoir spectaculaire, mais une collection de talents modestes et complémentaires. Les algues ne sauveront probablement pas le monde à elles seules. Mais parmi les organismes susceptibles de nous aider à mieux nous nourrir, à produire autrement et à mieux comprendre les océans, elles occupent incontestablement une place singulière.
